10 exemples de cartographie participative

Nous avons récemment organisé une rencontre pour les « mapmakers ». Ce groupe cible est constitué d’initiateurs et d’organisations qui, comme nous, recensent les initiatives de quartier. L’occasion de partager des connaissances au travers de discussions techniques et de fond. Leçon n° 1 de cet événement ? La cartographie permet de mettre en mouvement des personnes et des quartiers.

Plus qu’une simple carte

Toutes les personnes qui ont déjà expérimenté la cartographie des initiatives de quartier partagent le même avis : un atlas représente bien plus qu’une compilation de cartes et de données. La valeur des cartes réside surtout dans la manière dont elles voient le jour.

Lorsque vous vous rendez quelque part, vous vous fiez à une carte routière ou à un GPS. Une fois sur place, vous utilisez alors peut-être une carte qui correspond mieux à vos besoins (restauration, culture, infrastructures sportives, promenades, etc.).

Cependant, une carte n’est pas le parfait reflet de la réalité. Son auteur choisit les routes, bâtiments et éléments du paysage qu’il souhaite y représenter. Ses choix dépendent à leur tour de sa perception du monde.

Initiatives de quartier

Comment ce concept s’applique-t-il à un atlas des initiatives de quartier ? En Belgique comme à l’étranger, il existe de nombreuses variantes pour la cartographie des initiatives, allant d’une fusion purement technique de banques de données incluant des données géographiques au lancement d’un mouvement social qui fait appel à la cartographie participative.

Dans le contexte d’une étude sur la cartographie participative menée en 2017, 218 cartes d’initiatives de quartier et d’éléments du paysage ont été examinées. Certaines cartes étaient plutôt statiques et semblaient fournir une énumération objective, tandis que d’autres étaient le résultat d’un mouvement destiné à mettre en avant des pratiques et lieux spécifiques. Dans ce deuxième cas de figure, le projet est tout aussi important que la carte.

L’étude a permis de parvenir à la conclusion que la cartographie des initiatives de quartier ne donnait jamais une représentation objective, car elle consiste à mettre quelque chose en mouvement sur le terrain. Dans de nombreux cas, les cartes aident à établir un lien entre les responsables politiques et les citoyens parce que la représentation de préoccupations sur une carte permet d’attirer l’attention sur une problématique. Avec l’aide de cartes, les citoyens peuvent également sensibiliser le public et développer des connaissances sur le terrain. Une manière d’impliquer davantage la population dans les débats sur l’espace et les lieux. Grâce au nombre toujours plus grand de cartes accessibles en ligne et à l’exploitation de différents types de données, il devient plus facile d’impliquer plus de personnes.

10 exemples

L’objectif des projets de cartographie participative est généralement d’encourager et de faire connaître des pratiques communes. Dans certains cas, ces projets peuvent déboucher sur des actions sociales et un dialogue avec les responsables politiques. Dans d’autres, ils permettent principalement à des personnes qui partagent les mêmes opinions de se retrouver grâce à la carte. Les exemples ci-dessous sont présentés dans un ordre aléatoire. Il ne s’agit donc en aucun cas d’un top 10 ou d’un palmarès. Nous souhaitons surtout vous donner un aperçu des nombreuses possibilités qui existent.

1. Digital Social Innovation

digitalsocial.eu
Dans ce projet, l’accent est mis sur le rapprochement des initiatives qui sont actives dans l’économie sociale. La carte représente les différents groupes et projets qui mettent la technologie au service du bien-être social. Les organisations peuvent s’ajouter elles-mêmes sur la carte.

2. Urban Displacement Project

urbandisplacement.org
L’Urban Displacement Project est une initiative de recherche de l’université de Californie à Berkeley en collaboration avec des chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles et de l’université d’État de Portland. L’objectif du projet est de comprendre la nature de l’embourgeoisement et des déplacements démographiques en Californie du Sud et à Portland. Les chercheurs et les responsables politiques locaux se servent de la carte pour dégager des modèles et entreprendre des actions plus efficaces en la matière.

3. Gärten im Überblick

anstiftung.de
Ce projet recense plus de 550 jardins publics en Allemagne. Les données sont méticuleusement traitées par une organisation à but non lucratif. La carte regroupe des potagers collectifs, des jardins de quartier, des projets de culture ouverte, des actions de guérilla jardinière et un nombre croissant de projets agricoles mobiles en contexte urbain. Cette organisation constate que sa cartographie encourage l’écologie urbaine, la création de quartiers et la partage des connaissances à l’échelle locale.

4. Belgique, mode d’emploi

dewey.be
« Belgique, mode d’emploi » est une carte interactive de la Belgique. Cette carte participative a pour objectif de dresser l’inventaire des initiatives de quartier qui sont caractérisées par leur gratuité ou encore leur esprit collectif ou solidaire. Il peut s’agir d’initiatives de natures très diverses, comme des lieux d’accueil pour les personnes en situation précaire, des habitations partagées, des restaurants sociaux, des jardins partagés, des véhicules partagés, des infrastructures sportives, des bibliothèques publiques, etc.

5. Where in Wally

architectse17.wordpress.com
Un minuscule projet qui a vu le jour dans le cadre d’un projet artistique. Le résultat : une carte qui indique les plus jolis endroits de Walthamstow (Royaume-Uni). Les habitants de la ville ont été invités à contribuer à l’élaboration de la carte. Ils ont ainsi eu la possibilité d’ajouter des lieux qui, autrement, auraient été oubliés. L’unique condition était que les lieux soient accessibles au public.

6. Falling Fruit

fallingfruit.org
Le projet Falling Fruit est né de la fusion de banques de données existantes consacrées aux arbres produisant des fruits comestibles. C’est ainsi qu’a vu le jour l’une des plus grandes cartes des lieux publics où trouver des fruits comestibles. Chacun est libre d’y ajouter des données. Les créateurs du projet entendent encourager les utilisateurs à partir en « mission d’exploration » et à renouer avec l’origine botanique des aliments.

7. Map Kibera

mapkibera.org
Les habitants de Kibera (Kenya) se sont lancés dans l’aventure avec des GPS et ont ainsi levé le voile sur les quartiers qui composent ce bidonville. Les participants ont collecté des données géolocalisées dans leur propre village ou quartier et les ont rassemblées sur OpenStreetMap. La carte qui en résulte est souvent combinée aux réseaux sociaux afin de partager des nouvelles, des récits et des événements. D’autres quartiers – au Kenya comme à l’étranger – se sont déjà inspirés de cette initiative.

8. Près de chez nous

presdecheznous.fr
Une carte qui reprend plus de 11 000 producteurs locaux, services écologiques, artisans, écoles alternatives, etc. Chacun est libre de contribuer au développement de la carte et l’organisation responsable du projet est ouverte aux partenariats. Le code du site web est accessible à tous.

9. Réseau des Consommateurs Responsables

asblrcr.be
Le fruit du recensement de plus de 1 200 initiatives d’économie durable à Bruxelles et en Wallonie. Le RCR est actif dans la promotion d’initiatives locales, collectives et autogérées ayant trait à la consommation alternative. Cet atlas regroupe des systèmes monétaires locaux, des potagers collectifs, des groupements d’achat, etc.

10. Bretagne Créative

bretagne-creative.net
Une collaboration entre diverses organisations locales de Bretagne. Cette cartographie a vu le jour grâce à différents ateliers destinés à en définir les paramètres et les types. Cette méthode permet d’obtenir le soutien des acteurs locaux, qui assurent la mise à jour de la carte.

L’ontologie ?

L’ontologie est la manière dont les choses sont regroupées et dont une signification leur est attribuée. Ce point semble revêtir une importance capitale dans de tels projets. Certains travaillent de façon très rigide tandis que d’autres adoptent une approche plus ouverte, en ayant recours à l’open tagging, qui consiste à laisser la liberté aux participants de déterminer seuls les cases dans lesquelles les éléments doivent être catégorisés.

Étant donné que chaque carte vise à mettre l’accent sur des aspects donnés, un vocabulaire et une division propres se développent aussi progressivement afin de donner un sens aux choses. Chaque projet de cartographie donne véritablement lieu à la conception d’une réalité propre qui présente une importance pour ses utilisateurs. Mais si toutes les cartes ont été établies dans un langage qui leur est propre, il devient difficile de fusionner plusieurs cartes entre elles ou de les superposer à l’instar de couches d’information.

Voilà pourquoi Vicinia se pose en faveur d’une normalisation permettant de lier les plateformes entre elles. L’atlas des initiatives de quartier de Vicinia repose sur trois catégories principales : une initiative de quartier (l’objet « quoi »), les acteurs (l’objet « qui ») et les lieux/la portée (l’objet « où »). Chaque catégorie dispose d’une liste de valeurs qui évolue à mesure que de nouvelles initiatives de quartier sont répertoriées. Si nous rencontrons un nouveau type d’initiative de quartier ou un type de lieu qui ne correspond à aucun objet connu, nous l’ajoutons. L’ontologie de Vicinia peut être décrite comme étant « semi-ouverte ».

Grâce à la réunion des mapmakers, nous avons découvert l’ontologie PAIR de Virtual Assembly, un consortium d’organisations actives dans le domaine des biens communs et qui se posent en faveur d’une ontologie commune. Notre version semi-ouverte correspond très bien à leurs besoins. Dès lors, si nous parvenons à renforcer ce modèle avec d’autres organisations, l’échange de données en sera facilité à l’avenir.

Plateformes de médias sociaux

Impossible de parler de cartographie participative sans parler de la force des plateformes de médias sociaux. La plupart des applications s’appuient – directement ou indirectement – sur la géolocalisation. Ensuite, les utilisateurs entrent en jeu et ajoutent – souvent sans s’en rendre compte – une précieuse couche sémantique à la carte.

L’évaluation d’un restaurant ou d’un hôtel, des photos ajoutées à des lieux, le parcours que vous avez effectué à vélo, la notification de la présence d’un nid-de-poule, sans oublier les innombrables applications permettant de demander ou de proposer de l’aide. Voilà différents exemples de cartographie, qui ont une influence sur votre réseau virtuel d’amis. Il existe ainsi un nombre impressionnant de couches sémantiques qui peuvent être superposées à la carte d’une région.

Qu’en est-il de l’atlas de Vicinia ?

L’atlas de Vicinia est une collection de plusieurs cartes. Nous avons tenté d’y répertorier tous les types d’initiatives de quartier. Notre méthode de travail consiste à mettre en avant le plus possible d’initiatives de quartier. Tout le monde peut créer une initiative et en définir les paramètres. Afin d’éviter que de fausses initiatives ne polluent l’atlas, un dernier contrôle est cependant effectué avant la publication.

Plus nous pouvons répertorier de plateformes, mieux c’est. Voilà pourquoi nous accordons tant d’importance à la définition d’une norme ontologique. Nous ambitionnons à court terme de faire le lien avec des données sociodémographiques et de déterminer s’il existe un lien entre l’apparition ou l’existence d’une initiative et le bien-être des habitants d’un quartier.

Vous souhaitez en savoir plus sur la cartographie participative ?

Il existe encore de nombreux exemples de plateformes et de projets de nature participative qui visent à répertorier les initiatives de quartier. Les membres de Mapping The Social City ont réalisé un bel inventaire. Et que pensez-vous de cet inventaire qui répertorie plus de 250 projets d’initiatives de biens communs ?

Vous voulez apporter votre pierre à l’édifice et vous plonger davantage encore dans le monde de la cartographie participative ? Ne manquez pas de vous rendre sur le forum deTransformap.co ou de son équivalent belge, incommon.cc .