Repair Together

Notre époque est engluée dans la consommation de masse et le « tout jetable ». Alors que l’obsolescence – de fonctionnalité et de désirabilité – est à l’origine d’une production de déchets chaque jour plus importante, des alternatives vers une consommation durables et responsables commencent à voir le jour. Parmi elles, les Repair Cafés.

Une surconsommation programmée

https://www.actualites.uqam.ca/2015/obsolescence-programmee

Obsolescence programmée © Patrick Doyon

La théorie de l’obsolescence programmée ne date pas d’hier : l’origine du phénomène remonte aux années 1920 déjà. L’Amérique sort alors de la guerre, et son économie est affaiblie ; l’obsolescence programmée devient rapidement un moyen de la relancer. Les Américains traumatisés par les conflits, conservent leurs biens trop longtemps, et pousser les gens à consommer à nouveau apparait comme la solution.

Bernard London, un agent immobilier new yorkais, est le premier, en 1932, à nommer le concept d’obsolescence programmée dans son ouvrage The New Prosperity. Il y promeut une obsolescence légale permettant de stimuler la consommation. L’impact écologique lié à une surconsommation n’est de fait absolument pas pris en compte, l’environnement étant très peu au centre des préoccupations de l’époque. Ce « stratagème par lequel un bien voit sa durée de vie normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage, pour augmenter son taux de remplacement » fait ses preuves notoires avec le Cartel Phoebus[1]. La pratique ne daterait pas d’hier, donc. Toutefois, les enjeux écologiques, parmi d’autres, de notre planète nous forcent à revoir la manière dont nous consommons.

Si des exemples viennent étoffer cette théorie, d’aucuns considèrent que l’obsolescence programmée est un mythe. Quoi qu’il en soit, les initiatives de récupération et de réhabilitation d’objets obsolètes ou cassés se propagent aujourd’hui à travers la Belgique et l’Europe. Et les Repair Cafés en sont un bel exemple.

Du mythe à l’action

En 2009, Martine Postma, ancienne journaliste néerlandaise, décide de porter sa pierre à l’édifice dans la lutte contre la surconsommation. Elle constate alors qu’aider les gens à réparer eux-mêmes leurs objets cassés peut aider de manière consistante à réduire les déchets ménagers. C’est ainsi que voit le jour le premier Repair Café, à Amsterdam. Le principe : l’on se rend dans un lieu dit avec un bien abîmé dans l’espoir que l’un des bénévoles « réparateurs » puissent lui donner un nouveau souffle. Du petit électroménager à la couture, ce sont plein de métiers d’artisan qui sont remis à l’honneur, et encore plus d’objets auxquels une deuxième vie est offerte.

Rapidement, le concept fait recette, s’étend à l’intérieur du pays, et en dépasse bientôt les frontières. Aujourd’hui, on en compte plus d’un millier dans le monde, et la Belgique occupe la troisième place du podium avec plus de 210 initiatives recensées à travers le pays, donc une vingtaine à Bruxelles. La Belgique a d’ailleurs été le premier pays à exporter le concept en dehors des Pays-Bas.

L’idée est donc simple : un local, une équipe de bénévoles, du café et des gâteaux, et le tour est joué. Bon, dans les faits, cela requiert un peu plus d’organisation, et il n’est pas toujours aisé de réunir tous les éléments nécessaires au succès d’une séance. Mais riche de l’expertise acquise au cours des dernières années, Martine Postma est aujourd’hui à la tête d’une Fondation qui centralise les informations nécessaires pour lancer sa propre initiative. Un kit de démarrage – téléchargeable sur contribution volontaire[2] – confère une unité au projet (logo, panneaux, affiches standards) et offre les clés pour lancer un Repair café dans son quartier. Pour la Belgique, passée cette étape qui vous permet d’être recensé sur le site international, « Repair Together », partenaire belge de la fondation Repair Café, prend le relais pour apporter son support au démarrage des nouveaux Repair Cafés, via un kit gratuit spécifique à la Belgique, des formations, des informations, …

Netwerk Bewust Verbruiken en Flandre

Netwerk Bewust Verbruiken en Flandre

Dans l’optique de réduire les déchets qui envahissent notre planète, les Repair Cafés offrent non seulement la possibilité de donner une seconde vie à des objets cassés, mais s’opèrent surtout dans un esprit de partage, d’échange et de cohésion sociale. Le consommateur démuni vient chercher de l’aide mais participe à la réparation de l’objet également, afin de pouvoir réparer seul plus tard, quand cela est possible. Ces moments sont alors l’occasion de rencontres, et de valorisation des compétences que chacun propose de mettre à disposition. L’on pourrait alors se demander si ces services gratuits ne font pas de l’ombre aux professionnels. Unanimement, la réponse est négative : les bénévoles redirigent bien volontiers à qui de droit en cas de nouvelles réparations nécessaires.

Repair Cafés à Bruxelles et en Wallonie

Aujourd’hui, au-delà de l’idée troublante que l’on puisse nous vendre des biens avec une durée de vie limitée, nous nous trouvons face à un défi écologique de taille. Si depuis la révolution industrielle, notre modèle de production et de consommation était presqu’exclusivement linéaire, les limites de renouvellement de notre environnement se font de plus en plus sentir. L’épuisement des ressources naturelles, une démographie mondiale qui explose, le réchauffement climatique, entre autres, nous poussent à revoir de toute urgence la façon dont nous produisons et consommons, dans un soucis d’économie circulaire.

Dans la mouvance de l’économie solidaire et circulaire

Les Repair Cafés sont on ne peut plus en phase avec leur époque, et les besoins de changement qui l’accompagnent. Si l’économie circulaire n’est pas un concept nouveau, l’économie solidaire, elle, se développe depuis quelques années seulement – en réponse à un besoin d’agir plus démocratiquement. De plus en plus d’initiatives misent sur le durable et l’éthique comme fondement à une activité. Le profit matériel est alors relégué au second rang, derrière la volonté d’améliorer les rapports sociaux.

Au croisement de ces deux « types » d’économie, de ces deux organisations sociétales, se retrouvent donc les Repair Cafés : on y lutte contre le gaspillage et la prolifération des déchets, tout en partageant des savoirs et en favorisant les services de proximité. Au-delà des rencontres et échanges possibles, cette expérience s’avère également gratifiante pour les personnes qui y prennent part – de l’étudiant au retraité, tous les publics s’y retrouvent.

Pour trouver un Repair Café le plus proche des chez vous ou en savoir davantage, consultez Repair Together pour la Wallonie et Bruxelles, et Netwerk Bewust Verbruiken  pour la Flandre.

[1] Entre 1924 et 1935, différentes entreprises décident de contrôler la fabrication et la vente de lampes à incandescence, en limitant le nombre d’heures d’utilisation. Ce projet finit par échouer, mais c’est la première tentative à grande échelle d’obsolescence programmée.

[2] https://repaircafe.org/fr/demarrer/