Le Centenaire de la Grande Guerre : avant tout une histoire locale.

Les initiatives commémorant la Première Guerre Mondiale à Comines-Warneton.

 Quand on pense au centenaire de la Première Guerre Mondiale en Belgique, on pense de suite aux grandes commémorations où sont conviés les chefs d’état, ministres et ambassadeurs en grande pompe dans des lieux emblématiques où se sont déroulées des batailles décrites dans tous les livres d’histoire. Néanmoins beaucoup de petites villes et villages ont été touchés par cette guerre, dont Comines-Warneton. Les traces y sont toujours présentes et font partie du quotidien des Cominois. Cela suscite chez certains l’envie de rassembler la population locale pour ensemble se souvenir du passé. En d’autres mots, la commémoration de la Grande Guerre n’est pas qu’une affaire d’état mais se joue aussi au plus près des habitants.

S’engager et s’approprier un lieu de mémoire de la Grande Guerre

Auteur Justine Dugardin

De 1914 à 1918, la Belgique était impliquée dans un conflit mondial. Les dernières batailles dans la région d’Ypres furent très meurtrières bien que la fin de la guerre, l’armistice du 11 novembre 1918, fut proche. A 12 km au sud de la ville, les communes formant aujourd’hui Comines-Warneton, étaient en grande partie réduites en cendres. Des milliers de soldats perdirent la vie dans les champs retournés par les ravagés et les shrapnells. Cent ans plus tard, la vie a repris son quotidien tranquille. La ville de Comines-Warneton est reconstruite mais le paysage témoigne toujours de l’atrocité de ces événements passés. L’entité compte vingt cimetières militaires de l’Empire Britannique, témoins du patrimoine mémoriel 14-18 dans cette région. Et surtout le Ploegsteert Memorial to the Missing est un point culte pour les visiteurs.

Ces cimetières militaires forment des lieux de mémoire, concept établi par Pierre Nora. « La notion de lieu de mémoire signifie l’ensemble des repères culturels, lieux, pratiques et expressions issus d’un passé commun. Ces repères peuvent être concrets et tangibles, comme des objets ou monuments, mais ils peuvent aussi être immatériels, comme l’histoire, la langue, ou les traditions. Les lieux de mémoire sont non seulement des objets de connaissance, mais doivent également se révéler des sources d’émotion.

Les traces du passé prennent un sens nouveau lorsqu’elles deviennent mémoire en prenant appui sur des supports vivants et contemporains. La mémoire prend vie quand elle rejoint le citoyen… ». Ces lieux relient le passé au présent, forment la communauté et encouragent la réflexion. (Commission Franco-Québécoise sur les Lieux de Mémoire communs) Ces lieux de mémoire à Comines-Warneton suscitent, depuis quatre ans, beaucoup d’attention avec les commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale. Elles rassemblent la population pour remémorer le passé douloureux du pays, qui résonne dans la mémoire collective des Belges et donc des Cominois comme ‘une effroyable boucherie’.

C’est l’histoire de la terre où ils vivent

Ce riche patrimoine historique est mis en avant par différents acteurs de la ville comme l’Office du Tourisme et le centre d’interprétation Plugstreet 14-18 Experience, avec le but d’attirer les touristes, plus particulièrement les visiteurs britanniques qui souvent sont à la recherche d’un parent enterré ou inscrit dans un des cimetières mémoriaux. Mais où se trouve la population locale dans tout ça?

Avec l’idée que le passé de la Grande Guerre à Comines est avant tout un passé local, deux initiatives ont vu le jour. Le but est d’engager les Cominois et surtout les écoles de la ville dans les commémorations de ce conflit mondial. A l’approche du 11 novembre 2018, l’apothéose du centenaire, Vicinia veut aussi rendre hommage aux soldats tombés pour leur pays en mettant dans cet article deux initiatives en lumière.

Plugstreet Memory

La première a pour nom ‘Plugstreet Memory’ qui est un projet de parrainage de tombes de soldats. Anny Beauprez, ancienne présidente de l’Office du Tourisme de la ville et enseignante à la retraite, est aujourd’hui guide et fondatrice de l’initiative. Tout commence en 2011, où en voyant des écoles venir de la Grande-Bretagne et d’Australie visiter les nombreux cimetières militaires et monuments dans sa petite ville, elle se demande : « Pourquoi, nos écoles locales sont-elles moins investies à visiter ce patrimoine de la Grande Guerre? Comment les impliquer dans le souvenir de ce passé? »

C’est ainsi que l’initiative prit forme. Après deux années de mise au point administrative, le premier parrainage eut lieu en novembre 2013. Les classes reçoivent, lors d’une commémoration dans le cimetière militaire où le filleul se trouve, le certificat d’adoption. L’initiative eut rapidement du succès et attira aussi des adultes du coin ainsi que des personnes extérieures à Comines-Warneton. En 2018, le projet compte 194 filleuls pour 104 adoptants et ce n’est pas fini. Pour ce qui veulent s’inscrire, veuillez contacter l’Office du Tourisme de Comines-Warneton qui s’occupe des inscriptions. Vous pouvez retrouver les données des contacts sur la fiche dans l’Atlas des initiatives de quartier : Plugstreet Memory

Pour que la cérémonie ait un caractère officiel, Anny fait appel à L’Entente des Associations Patriotiques de Comines-Warneton. L’organisation regroupe plusieurs petites associations d’anciens combattants de la ville. Elle se spécialise dans les cérémonies protocolaires honorant la Première Guerre Mondiale mais aussi la deuxième et d’autres guerres.

Un Coquelicot en mémoire de nos héros

Plus récemment l’initiative ‘Un Coquelicot en mémoire de nos héros’ de Plugstreet Experience 14-18 a vu le jour. Le centre d’interprétation, qui est avant tout destiné aux touristes, essaie depuis quelques années d’impliquer la population locale avec diverses activités ludiques. Avec cette initiative, ils ont le même but notamment de favoriser la participation des écoles primaires pour marquer le centenaire. Durant l’année scolaire précédente, diverses classes de Comines-Warneton ont fabriqué à l’aide de bâtonnets de brochette, de la mousse, de boutons noirs et un peu de peinture des coquelicots, symbole du souvenir de la Première Guerre Mondiale.

C’était la seule fleur qui poussait dans les champs de bataille, le seul signe de vie dans la nature dévastée. Durant le mois de septembre jusqu’au 9 novembre, ces coquelicots seront déposés sur chaque tombe des vingt cimetières, cela veut dire environ 5700 stèles. Pour le dépôt de ces coquelicots, les classes sont invitées à se recueillir dans un cimetière militaire pour une courte cérémonie. L’initiative se termine le 9 novembre, deux jours avant l’armistice, avec une commémoration où des personnalités nationales et internationales seront conviées. Êtes-vous curieux d’en savoir plus ? Cliquez alors sur le lien suivant : Un coquelicot en mémoire de nos héros

Devoir de mémoire

Anny Beauprez, L’Entente des Associations Patriotiques de Comines-Warneton, Plugstreet Experience 14-18, trois acteurs distincts mais liés par le devoir de mémoire. Ils se sentent concernés à partager le souvenir de la Première Guerre Mondiale. C’est pour eux un devoir de citoyen de ne pas oublier les faits qui ont changé la Belgique et le monde entier. Un devoir qu’ils aimeraient transmettre à la population locale de tout âge. Ces initiatives-ci ciblent plus spécialement les jeunes, qui sont l’avenir. Ils veulent transmettre leurs connaissances de la Grande Guerre. Le but est aussi de les sensibiliser au sacrifice de soldats, souvent jeunes, tombés par idéal, par devoir.

Ces jeunes soldats n’avaient pas la chance de jouer, de faire des études et de vieillir. C’est aussi avertir les jeunes d’aujourd’hui au danger de la guerre et de la violence. Anny se dit inquiète que les jeunes banalisent la guerre à cause des jeux vidéos qui mettent en avant la violence. De plus, il est important de les faire prendre conscience que des conflits frappent d’autres parties du monde, comme par exemple en Syrie. Le devoir de mémoire s’accompagne donc aussi d’un devoir éducatif. Les initiatives permettent d’approcher plus activement et plus didactiquement le souvenir et la mémoire de la Première Guerre Mondiale.

C’est un acte symbolique

Durant la commémoration du parrainage, les écoles ont l’occasion de déposer une fleur, de lire un poème ou de confectionner une composition. Pour l’initiative ‘Un coquelicot en mémoire de nos héros’ ce sont des coquelicots fait main qui sont mis sur les tombes de soldats. Ces gestes simples très symboliques rendent l’hommage personnel et marquent les esprits. C’est un petit acte physique qui relie les personnes présentes avec les soldats du passé. Ça pousse un peu plus loin le sentiment vis à vis de la mémoire. Ces petits rituels qui sont souvent émouvants favorisent les relations humaines. Elle rassemble les élèves à une réflexion commune et à se souvenir de ces évènements tragiques. Et parfois elle relient des familles qui vivent de l’autre côté de la terre. C’est le cas quand le parrain ou la marraine rencontre la famille descendant du soldat mort dans la région durant la Première Guerre Mondiale.

Ce sont deux petites initiatives qui au final impliquent beaucoup de personnes dans le souvenir. Vous les retrouverez dans l’Atlas de quartier. Vicinia vous invite aussi à jeter un coup d’œil à d’autres initiatives comme la ‘Reconstitution de la Trêve de Noël 14-18’ et les cérémonies de commémoration organisées par L’Entente des Associations Patriotiques de Comines-Warneton.

Finissons cet article avec la devise de L’Entente des Associations Patriotiques de Comines-Warneton qui résume aussi bien la conviction de tous les acteurs Cominois impliqués dans les initiatives commémorant la Grande Guerre :

« Oublier ces évènements serait une erreur.

Ne pas en parler serait faire outrage à notre passé et nuire à notre avenir.

C’est notre devoir de mémoire. »

Auteur: Justine Dugardin, qui a fait un stage chez Vicinia