LETS share

Les SEL-LETS se multiplient à travers le monde, et offrent la possibilité à tout un chacun de faire profiter son voisin d’une expertise particulière. Le service est alors rémunéré en temps, à réutiliser à tout moment. En pratique, cela permet d’échanger des savoir-faire et de valoriser des compétences.

Le temps comme monnaie d’échange

Apparus dans les années 1980 au Canada, les Systèmes d’Echanges Locaux (ou LETS pour Local Exchange Trading Systems) se veulent être un complément aux échanges monétaires traditionnels et institutionnels. Plusieurs formes existent aujourd’hui, mais celle que l’on retrouve le plus en Belgique fonctionne comme un service d’échange basé sur le temps. Ainsi, le réseau BruSEL comptabilise 60 BLEs (Bon Local d’Echange) pour une heure. Avec ces BLEs gagnés en rendant un service, on pourra s’en offrir un autre en échange.

Ce qui en fait leur particularité, c’est que les SEL se construisent en groupes locaux où les gens ont pour ambition de s’entraider, mais aussi de faire des rencontres. Si une unité d’échange –propre à chaque groupe- est définie par avance, ce système ne relève pas tout à fait du troc. Ici, les échanges ne sont pas bilatéraux : ce ne sont pas deux personnes qui échangent des biens ou des services de même valeur, mais c’est plutôt un système de réciprocité, transparent, local et participatif, avec toute une communauté.

En outre, puisqu’ils mettent en place leur propre monnaie d’échange, les SEL sont des systèmes fermés : aucune conversion en autre ou en autre devise n’est possible. Et si l’envie vous prend d’en mettre un sur pied, cela ne vous coûtera pas un sous. Plusieurs plateforme proposent même des guides de lancement.

Economies hybrides et réseaux d’échanges

Si les Repair Cafés s’inscrivent davantage dans un schéma d’économie collaborative, les SEL, eux, correspondent mieux aux critères d’une économie sociale et solidaire. Bien sûr, les deux ne sont pas incompatibles, et bien souvent la deuxième est combinée à la première – même si l’inverse n’est pas toujours vrai. L’objectif n’est ici pas d’offrir une définition immuable de ces concepts, mais bien de les discuter dans le cadre d’une de leurs applications.

Tout d’abord, on entend par économie collaborative le fait de proposer – gratuitement ou contre rémunération – à un autre consommateur l’utilisation d’un bien ou d’un service sous-exploité. On peut en dégager trois caractéristiques : 1) les échanges se font de consommateur à consommateur ; 2) l’accès au bien ou au service est temporaire et 3) on constate une utilisation plus efficace de ces biens ou services. Toutefois, il s’avère en fait complexe d’en donner une définition exhaustive, tant elle a aujourd’hui pris des formes variées.  D’autres part, des initiatives plus locales, comme les Repair Café ou les magasins de seconde main, par exemple, participent à une économie collaborative où les fonctions sociale est solidaire sont plus présentes.

L’économie sociale et solidaire couvre, de son côté également, une multitude de pratiques. Celles-ci varient énormément entre elles, allant du commerce équitable aux réseaux d’échanges de savoirs et de savoir-faire, en passant par le tourisme solidaire. Toutefois, ce qui unit ces pratiques est leur volonté d’agir démocratiquement, et de créer un environnement où les rapports sociaux priment sur l’intérêt individuel ou le profit matériel. Ici, dans le cas de ces systèmes locaux, le but est non pas de se substituer à la monnaie officielle, mais plutôt de la compléter. Chacun peut alors avec ses propres compétences offrir un service et alimenter la dynamique du réseau d’échanges.

L’économie sociale et solidaire mise donc clairement sur l’intérêt collectif, et la rentabilité en devient le moyen et non pas la fin. Souvent, la gestion est mise entre les mains de la collectivité, et les membres exercent un contrôle démocratique sur les activités. Les SEL, dans un contexte non marchand, en sont une belle illustration.

Repenser la consommation

Si les LETS-SEL se développent rapidement à travers le monde depuis les années 1990, la crise financière de 2007-2008 donne un nouvel élan au phénomène. Certains citoyens sont alors en recherche d’une consommation alternative. Consommer autrement tout en mettant l’accent sur la fabrique de liens sociaux attire de plus en plus de monde. En misant sur les services de proximité, les individus démontrent une volonté de promouvoir un système solidaire par le biais de la construction d’un réseau de services d’une part, et de l’hybridation des économies d’autre part.

Le premier SEL belge est né à Louvain en 1995. Vingt-deux ans plus tard, on en trouve près de 200 à travers la Belgique. Certains ne durent pas, tandis que d’autres trouvent le moyen de pérenniser la dynamique d’échange et existent depuis plusieurs années. Si y participer ne remplace pas une occupation professionnelle rémunérée, cela permet tout de même de renforcer le tissu social local sans reproduire le modèle hiérarchique tel qu’il existe sur le marché du travail, et d’offrir un moyen de mettre en valeur les qualifications des habitants d’un même quartier.

Pour trouver un SEL près de chez vous, n’hésitez pas à consulter ce site pour la Wallonie, celui-ci pour la Flandre et celui-là pour Bruxelles