Partager de l’espace, c’est créer de l’espace

Le partage d’espace présente un grand nombre d’avantages pour la société et permet de créer de l’espace supplémentaire pour les enfants, les jeunes et les organisations qui les encadrent. Cependant, le partage d’espace ne semble pas évident et les organisateurs de tels projets sont confrontés à de nombreux obstacles.

L’association De Ambrassade a récemment compilé son expertise en la matière dans un rapport destiné à encourager le partage d’espace (et donc la création d’espace). Pendant trois ans, cette association a travaillé à la réalisation de cette enquête et l’élaboration de ce manuel du partage d’espace. Le manuel est principalement destiné aux (jeunes) gens qui cherchent de l’espace, mais il peut aussi soutenir et inspirer d’autres groupes cibles :

les pouvoirs publics, qui souhaitent faciliter l’utilisation partagée de l’espace dans le contexte de l’utilisation durable de l’espace ou à des fins d’économies ; les organisations, propriétaires ou promoteurs de projets qui cherchent à donner une fin utile à leurs espaces sous-utilisés en les mettant à la disposition de tiers ; les concepteurs et architectes qui veulent se laisser inspirer.

Cultureghem à titre d’exemple

Le site de l’Abattoir, à Cureghem, est l’un des plus grands espaces ouverts de la capitale. Du vendredi au dimanche, il accueille les étals des marchands. Les autres jours, il est souvent inutilisé. Voilà pourquoi en 2009, la S.A. Abattoir a décidé de donner la possibilité aux initiatives socioculturelles d’utiliser cet espace et de ne plus en limiter l’usage aux activités commerciales. L’objectif ? Mieux intégrer le site dans le contexte multiculturel de Cureghem.

Le 1er septembre 2012, cette idée a reçu un écho. Cultureghem (une contraction des mots « culture » et « Cureghem ») était née. Eva De Baerdemaecker prend la tête de cette association. Ce faisant, elle échange la classe qui lui était si familière contre des dizaines de milliers de mètres carrés de pavés bruxellois et un toit gigantesque. La tête pleine d’idées, elle avait surtout un plan : exploiter l’espace.

Aujourd’hui, elle n’est plus la seule à voir le potentiel de telles initiatives. Cultureghem a grandi pour devenir un groupe engagé en faveur d’un même objectif.

« Le point de départ de notre approche est cet endroit, ce vide. Nous faisons ce que nous faisons pour répondre à la demande existante. Nous ne partons donc pas d’un groupe cible spécifique ou d’un domaine défini »

, explique Eva.

Chaque mercredi, le site est transformé en terrain de jeux lors de l’événement KETMET. Les enfants peuvent alors s’en donner à cœur joie avec les PLAYBOX, des modules de jeux inspirés de leurs idées. Il s’agit de coffres de jeu mobiles mis au point sur mesure et en collaboration avec le quartier. Le même jour, le site accueille le BARATTOIR. Il s’agit d’un bistro pop-up qui propose un délicieux repas réalisé à partir des légumes et fruits non vendus durant les marchés du week-end. Le vendredi, le site accueille la plus longue table d’hôte de Bruxelles : KOOKMET. L’objectif ? Réunir des délices proposés sur le marché pour ensuite les préparer.

Journée d’inspiration

Cultureghem a donc clairement cerné le principe de partage d’espace. De Ambrassade – une organisation qui soutient les animations socio-éducatives – a décidé de prendre cette association en exemple pour sa journée d’inspiration « Ruimte delen is ruimte creëren » (partager de l’espace, c’est créer de l’espace), organisée le 24 octobre 2017.

Lors de cette journée, De Ambrassade a également présenté son rapport sur le partage d’espace avec les enfants et les jeunes. L’association y compile plusieurs recommandations en matière de partage d’espace sur la base de projets menés à Bruxelles, Alost et Genk.

« Il est temps que nous fassions plus de bruit en faveur d’une collectivité dans laquelle les enfants et les jeunes auraient tous la possibilité d’être eux-mêmes et d’avoir une influence sur leur vie et leur environnement. Aujourd’hui, la collectivité doit s’investir pour plus d’“espace”. Nous espérons que les recommandations formulées dans ce rapport seront inspirantes et donneront naissance à de nouveaux mouvements qui feront une différence »

, explique Eva Vereecke, directrice de l’association De Ambrassade.

L’organisation espère surtout marquer de son cachet la politique régionale et fédérale. Elle veut également encourager plus de propriétaires d’espaces privés à mettre leur site à la disposition des enfants, des jeunes ou des organisations qui les encadrent.

Rapport

Concrètement, entre 2015 et 2017, De Ambrassade a mené une étude sur le partage d’espace avec les enfants, les jeunes et les organisations qui les encadrent. L’association a compilé les besoins, facteurs de réussite, écueils et bonnes pratiques glanés auprès de dix initiatives réparties entre les villes d’Alost, de Bruxelles et de Genk.

La notion de partage d’espace recouvre différentes réalités. Il peut s’agir (simultanément ou successivement) de l’utilisation partagée, temporaire, collective, de la réutilisation ou de l’utilisation plus intensive d’un espace ou d’infrastructures. Le dénominateur commun est l’utilisation plus intelligente de l’espace et sa mise à disposition pour d’autres formes d’utilisation. L’accent n’est donc pas mis sur l’occupation de nouveaux espaces.

Cultureghem est un exemple d’utilisation partagée successive dans lequel le marché couvert de l’Abattoir est utilisé comme espace polyvalent pour diverses activités. « Successif » met ici l’accent sur un usage intensif dans le temps. Ainsi, les écoles, lieux de culte, locaux de la jeunesse, terrains de sport, bureaux ou encore parkings d’entreprise peuvent être utilisés selon le même principe. Ces espaces restent pour la plupart du temps inoccupés, malgré l’énorme potentiel qu’ils présentent pour d’autres activités.

Avantages sociétaux

Le partage d’espaces présente de très nombreux points positifs. Tout d’abord, un grand nombre d’espaces sont sous-exploités. Combien de villes et villages ne comptent pas de bâtiments et sites qui restent vides ? Leur partage offre la possibilité d’utiliser de manière plus durable et efficace un espace limité. Le partage de l’espace apporte également une solution à la pénurie grandissante en lieux de détente, notamment dans un contexte urbain.

De Ambrassade approfondit la question et conclut que le partage d’espace présente huit avantages sociétaux et donc autant de raisons d’être :

  1. il offre un espace aux activités qui souffrent d’un manque de place ;
  2. il encourage la rencontre et la collaboration dans une collectivité extrêmement diverse ;
  3. il permet d’adopter une approche durable de l’espace et de l’environnement, qui sont limités ;
  4. il crée de l’espace pour l’expérimentation et donne une chance aux groupes moins bien établis ;
  5. il permet de limiter les coûts ;
  6. il encourage la copropriété et la cocréation ;
  7. il apporte une solution aux changements qui s’opèrent dans la société ;
  8. il donne une identité au quartier.

De l’Abattoir à Alost

Alexis De Groote, promoteur de projets chez Matexi, est également convaincu par les avantages du partage de l’espace. Il y a quelques années, ils ont décidé de donner temporairement une nouvelle destination au site Tupperware d’Alost.

« Étant donné toute l’activité générée par l’utilisation partagée, de nombreuses personnes se rendent sur le site. Le contrôle social est fantastique. Jusqu’à récemment, nous faisions appel à une entreprise de gardiennage. Ce poste coûte entre 6 000 et 7 000 EUR par an. Je préfère que cet argent soit investi dans autre chose. »

Le rapport indique essentiellement que le partage d’espace offre de nombreuses possibilités. Il constitue avant tout pour les jeunes un lieu qui leur permette de réaliser leurs rêves. Cependant, le partage d’espace rencontre de nombreux écueils : géographiques, financiers, juridiques, administratifs… Ce concept n’est pas non plus facile à faire accepter à tous.

« Le partage d’espace doit devenir une évidence et une réalité, pour les pouvoirs publics, les propriétaires d’espaces privés, les concepteurs d’espaces ainsi que les enfants, les jeunes et les organisations qui les encadrent. Le partage d’espace est une responsabilité partagée par nous tous »

, clôture De Ambrassade.