Quand la campagne s’invite en ville

Initialement installé le temps d’un été, le Parckfarm est aujourd’hui devenu un lieu de rencontre, d’échange et de sensibilisation aux thématiques de l’alimentation durable. Récit d’un succès de collaboration urbaine.

Du paysage à l’assiette

Tous les deux ans, et ce depuis 2006, la Région de Bruxelles-Capitale organise un festival où sont exploitées de nouvelles idées créatives dans le but de repenser des espaces publics de la capitale. Si les débuts étaient davantage orientés vers le design d’objets et de mobiliers urbains, dès 2012 le projet prend un tournant plus social.

© Parckfarm

En 2014, c’est une équipe rassemblant designers, artistes et associations locales qui est mise sur pied, et l’ancienne friche ferroviaire de Tour & Taxis est choisie comme lieu d’occupation. Il est conclu d’y lancer un projet collaboratif, en parallèle à la réhabilitation de l’énorme terrain qui longe la Ligne 28, entre Belgica et Pannenhuis. Le festival biannuel Parckdesign décide d’investir le parc au niveau de Tour&Taxis, marquant alors la transformation de cette espace industriel abandonné en zone urbano-rurale.

Le projet Parckfarm – dont le slogan est  » du paysage à l’assiette  » – combine les aspects d’un parc à ceux d’un lieu à vocation agricole, en articulant ses activités autour des pratiques écologiques en milieu urbain. Différents espaces sont présentés, tels qu’une serre accueillant une petite cafeteria, un poulailler collectif ou encore un potager communautaire – pris d’assaut par les habitants du quartier. L’été et le projet battent leur plein, et l’édition 2014 de ce festival organisé par Bruxelles Environnement prend racine, porté par l’enthousiasme des résidents, des associations locales, mais aussi d’autres Bruxellois qui viennent découvrir ce nouveau lieu d’échange.

De l’esquisse à la création

Le succès est tel qu’à la fin de l’été, alors que les installations doivent normalement être démontées, il semble normal de prolonger l’expérience. Toutefois, l’enveloppe budgétaire allouée à ce projet ne s’étend que jusqu’au mois de septembre 2014, il faut donc trouver de nouveaux financements. Une prolongation est finalement accordée, et l’ASBL Parckfarm voit le jour pour superviser la pérennité du projet.

Trois ans plus tard, Parckfarm est en pleine forme et propose un bon nombre d’activités ruro-urbaines. Grâce à des subsides publics, trois personnes y travaillent maintenant à mi-temps, et une équipe de bénévoles – aux origines sociales, religieuses et linguistiques diverses – se relaie pour assurer les différents services. Dans la farmhouse, on peut aujourd’hui se restaurer, boire un verre, ou simplement venir profiter du coin lecture ou des jeux de société mis à disposition.

Kot-Kot, Farmtruck and Cie

Le poulailler Kot-Kot © Parckfarm

Depuis sa création, certaines des installations originelles ont dû être démontées – car trop coûteuses à entretenir – mais d’autres ont vu le jour. Le Parckfarm propose aujourd’hui un bel éventail d’activités et d’ateliers qui permettent de consommer autrement et local. Parmi les différents projets qui y sont développés, on trouve notamment le poulailler collectif, Kot-Kot, autogéré par les habitants du quartier. Dans cette même dynamique d’autoproduction alimentaire en milieu urbain, les Mercredis Verts offrent quant à eux la possibilité d’apprendre à cultiver des légumes et aromates de saison.

Entre ateliers culinaires, possibilité de louer la serre pour des évènements privés, et mise à disposition d’un four à pain collectif et gratuit certains jours de la semaine, entre autres, l’offre est variée et incite la rencontre des différentes couches sociales de ce quartier en plein changement. Et pour exporter le projet en dehors des frontières du parc, le Farmtruck en est aujourd’hui la vitrine mobile. Cette camionnette aménagée permet de diffuser et de mettre en avant les alternatives autour de l’alimentation durable, mais se veut aussi être un moyen de réappropriation de l’espace public.

Créer des liens en mangeant bien

Le public du Parckfarm est multiple et il en tire sa force. Les ateliers organisés sont ouverts à tous et invitent à une réelle implication. Par exemple, le groupe d’achat solidaire de légumes, Galinette, permet de se constituer un panier de produits locaux. Les commandes se font sur Internet et sont retirées sur place lors de permanences – il est alors demandé à tout acheteur de participer à l’une d’entre elles, au moins une fois sur l’année.

Depuis la fin 2016, le projet se transforme en une réelle plateforme d’initiatives citoyennes, où deux valeurs prédominent : l’une environnementale, l’autre sociale. Parckfarm est devenu une réalité et continue à exister grâce à la volonté et l’enthousiasme des habitants, et il se déploye en encourageant les rencontres entre voisins, et en renforçant les liens sociaux autour d’une promotion de l’agriculture urbaine et des modèles économiques urbains.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur leur site Internet.