Sifflements convergents à Schaerbeek

En avril 2016, des moineaux numériques ont occupé quelques quartiers schaerbeekois et ont ainsi joué le rôle principal dans une expérience de cohésion.

« Quand Les Zoziaux » est un jeu de ville interactif avec des moineaux électroniques, une initiative qui vise à créer des liens entre les gens. Après Gand et Hasselt, ce fut au tour de Schaerbeek de se risquer, en 2016, à une expérimentation avec des moineaux.

Quatre quartiers schaerbeekois se sont engagés dans une compétition sous la forme d’un jeu de ville visant à stimuler à petite échelle les rencontres entre les habitants. Pour atteindre cet objectif, des moineaux électroniques ont été employés. Il s’agit de petits oiseaux interactifs fixés aux façades, qui s’allument lorsqu’un passant siffle dans leur direction.

Les moineaux attiraient l’attention des passants, les incitant à s’arrêter, à siffler ou – à l’occasion d’un sifflement – à engager la conversation avec des inconnus.

Quiconque se rappelle le répertoire d’Urbanus ne sera pas surpris par le nom du projet schaerbeekois, car il s’agit d’une référence à l’aspect ludique du concours mais aussi d’un choix, celui d’une « sorte de bilinguisme ». Les initiateurs du projet – le service communal de la Culture néerlandophone et le centre communautaire De Kriekelaar – sont néerlandophones, mais ils souhaitaient toucher tous les Schaerbeekois.

Les quartiers changeaient chaque semaine de « moinier », à savoir la personne ou l’organisation qui, pendant une semaine, rassemblait les forces et mettait sur pied les activités. Les moiniers veillaient à ce que le moineau – et par conséquent aussi le quartier – prennent vie.

Pourtant, il ne fut pas évident de poursuivre le projet, alors que notre pays venait d’être frappé par les attentats de l’aéroport de Zaventem et de la station de métro Maelbeek. Le renforcement des mesures de sécurité compromettait la tenue d’une série de belles initiatives des habitants des quartiers.

D’un autre côté, c’était précisément le moment où il était nécessaire de poursuivre le projet, se rappelle l’initiatrice An Buts:
« Schaerbeek semblait prête à continuer dans l’élan positif des années précédentes. Il flottait dans l’air comme un parfum de printemps. Puis ce fut le noir absolu. Mais peu après, une nouvelle lumière se mit à briller. Dans le quartier de l’avenue Huart Hamoir – l’un de ceux qui, quelques semaines plus tard, prendraient part à « Quand les zoziaux » –, tous les habitants descendirent dans la rue avec une petite flamme, pour se parler, pour trouver du réconfort les uns auprès des autres. Joie et chagrin, impuissance et détermination, angoisse et, en même temps, besoin énorme de pouvoir faire confiance à autrui, tous ces extrêmes n’avaient jamais été aussi proches les uns des autres. »

La moinière Sara De Bruycker nous a raconté :
« Bien plus que les militaires dans les stations, les moineaux ont contribué à créer un sentiment de sécurité. L’anonymat a un peu disparu et nous avons découvert que nous étions tous confrontés à la même réalité dans notre ville. Les visages en rue pouvaient être associés à un nom et les façades recevaient un visage. Heureusement ou malheureusement, le timing des moineaux était parfait. Après les attentats, nous avions besoin de beaucoup de chaleur humaine et d’amitié. »

Nous avons persévéré et quatre moineaux sont ensuite entrés en compétition entre eux pendant un mois.

Chaque fois que quelqu’un sifflait en direction du moineau, celui-ci s’allumait, le sifflement était enregistré et restitué sous la forme d’un graphique indiquant le score, que l’on pouvait consulter en ligne.

Pour veiller à ce que « Quand les zoziaux » ne soit pas réduit à une course au plus grand nombre de sifflements, un concours était organisé parallèle. Chaque semaine, les quartiers étaient mis au défi :

  • Mettre au point un événement avec pour but : de faire se rencontrer les gens.
  • Mettre au point un événement avec pour but : de faire de votre quartier un endroit plus agréable pour habiter et vivre.
  • Organiser une action ou mettre au point un événement avec pour but : de mettre l’ambiance !
  • Imaginer conjointement avec et pour votre quartier un système ou une action dans lequel/laquelle l’aide mutuelle occupe une place centrale.
  • Chaque semaine, le compteur était remis à 0, de façon à ce que les quartiers qui n’étaient pas du côté des vainqueurs restent motivés. Le quartier gagnant recevait un trophée qu’il conservait une semaine. Le règlement du concours prévoyait que les habitants mettent au point ensemble des initiatives visant un objectif commun. Les différences glissèrent à l’arrière-plan. Des contacts, qui d’une autre manière auraient été moins aisés, furent établis.

    Les moineaux et le fait de siffler dans leur direction n’étaient pas un but en soi, mais un moyen pour rapprocher les habitants. Quant à affirmer que Schaerbeek a pris goût à l’initiative, nous le déduisons des réactions positives et des plans visant à la répéter en 2018.

    Au cours de l’automne 2017, un triporteur aménagé avec un moineau mobile sillonnera les rues de Schaerbeek pour inciter de nouveaux quartiers à se joindre à l’initiative. Le printemps 2018 verra à nouveau une compétition.

    En savoir plus à propos de l’initiative :
    Accéder au site web de Quand Les Zoziaux
    Visiter la page Facebook de l’initiative